Une supportrice du président Ismaïl Omar Guelleh, à Djibouti le 8 avril 2025 ( AFP / Luis TATO )
Les Djiboutiens votent très timidement vendredi matin pour une présidentielle censée, sauf énorme surprise, offrir un sixième mandat à Ismaïl Omar Guelleh qui dirige depuis bientôt 30 ans ce petit territoire stratégiquement situé et affronte un unique adversaire peu connu.
Deux heures après l'ouverture officielle du scrutin à 06H00 (03H00 GMT), l'affluence reste extrêmement faible dans la capitale, Djibouti-Ville, où certains bureaux ont ouvert avec retard, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les électeurs ont le choix entre un bulletin vert au nom du chef de l'Etat et un bulletin bleu au nom de son adversaire, Mohamed Farah Samatar, président du Centre démocrate unifié (CDU) - parti sans élu au Parlement - et personnalité peu connue de ses concitoyens.
Un peu plus de 256.000 citoyens sont appelés aux urnes, mais en début de matinée dans la capitale, de rares électeurs se présentaient dans les bureaux de vote. A la mairie, où le président doit voter dans la matinée, seule une dizaine de votants se sont présentés en deux heures.
"C'est un devoir et je vote à chaque élection", déclare Salouan Sami Mohamed, 52 ans propriétaire d'un commerce, l'un des rares venus tôt, expliquant toujours voter aux premières heures. "Les gens viennent plus tard, vers midi", ajoute-t-il.
Dans une école primaire, seuls des militaires en treillis, arrivés en car, faisaient la queue.
- adversaire invisible
"Pour l'instant, peu de monde est venu", admet un assesseur sans donner son nom, "les gens viendront après midi".
Les bureaux fermeront à 18H00 et les premiers résultats sont attendus dans la soirée.
A la tête depuis 1999 de l'un des pays les moins peuplés du continent (un peu plus d'un million d'habitants), le chef de l'Etat, que tout le monde appelle par ses initiales IOG, a su faire fructifier cette position géographique, dans une Corne de l'Afrique par ailleurs troublée et théâtre de luttes d'influences étrangères.
Sur ses seulement 23.000 km2, Djibouti accueille des bases militaires de cinq puissances (France, Etats-Unis, Chine, Japon, Italie), engendrant d'importants bénéfices financiers, mais aussi sécuritaires et politiques.
Carte de Djibouti ( AFP / Nalini LEPETIT-CHELLA )
Cette ancienne colonie française, où l'islam est religion d'Etat, borde le détroit de Bab-el-Mandeb donnant accès à la mer Rouge depuis le golfe d'Aden et par lequel transite une grande part du commerce entre Asie et Occident.
Lors de la précédente présidentielle en 2021, largement boycottée par l'opposition, le chef de l'Etat a été réélu avec plus de 97% des voix.
Dans les rues de la capitale Djibouti-Ville, les affiches électorales vantent toutes les mérites d'IOG. Le visage de son adversaire est invisible.
"Je vais voter pour Ismaïl Omar Guelleh (...) je ne connais même pas le visage" de son adversaire, indiquait la veille du scrutin Deka Aden Mohamed, chômeuse de 38 ans.
- Chômage et dette -
Alors qu'IOG a multiplié les déplacements dans le pays, réunissant des milliers de personnes, M. Samatar a peiné à mobiliser. La télévision nationale a diffusé des images d'un de ses meetings réunissant péniblement quelques dizaines de personnes.
Le président de Djibouti Ismaïl Omar Guelleh (C) salue ses supporteurs lors de son dernier meeting de campagne à Djibouti, le 8 avril 2026 ( AFP / Luis TATO )
Les autorités djiboutiennes sont régulièrement pointées du doigt pour la répression des voix dissidentes. L'opposition, fragmentée et "muselée" selon la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), est inaudible.
Djibouti pointe au 168e rang sur 180 du classement 2025 sur la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), qui décrit un "paysage médiatique (...) complètement verrouillé" et se limitant "presque exclusivement aux médias d'Etat".
Ismaïl Omar Guelleh avait annoncé qu'il passerait la main en 2026, mais une révision constitutionnelle en novembre a levé la limite d'âge des candidats à la présidentielle, lui permettant de se représenter.
Son entourage présente cette nouvelle candidature comme justifiée par une nécessaire "stabilité" dans une région troublée, mais des analystes estiment qu'elle est surtout motivée par les risques de fracturation du régime que fait peser l'absence de successeur faisant l'unanimité.
Des drapeaux de Djibouti flottent à l'entrée du terminal portuaire à conteneurs de Doraleh à Djibouti le 4 juillet 2018 ( AFP / Yasuyoshi CHIBA )
Diplomates et analystes s'interrogent néanmoins sur l'état de santé du président, âgé de 78 ans.
Pénalisé par un climat aride peu propice à l'agriculture (environ 1% du PIB), Djibouti a misé sur le développement des activités portuaires qui assurent désormais 70% de son PIB, mais le rendent dépendant des soubresauts régionaux, notamment de la situation en Ethiopie dont les marchandises représentent l'écrasante majorité du trafic.
Quelque 70% des jeunes sont au chômage et le développement des infrastructures du pays s'est fait au prix d'une importante dette, surtout vis-à-vis de la Chine.

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer